Parue dans Ectropion. Cette nouvelle a inspiré le premier chapitre de Prison de poupées.
Mylène vient de mettre au lit Charlie pis Jéricho. Trois comptines. Vérifie l’autr’chambre. Ça fait déjà une heure & demie que Zoé, l’enfant toute neuve d’à peine quatre mois, dort. Elle a été malade durant les dix jours qui viennent de passer, une très mauvaise toux. Enfin, elle dort profond. Mais dans à peine deux heures, maximum, il y aura le boire. Pis là, maman Mylène se soulagera les seins, ouvrira ses valves.
Davy, papa, fini de laver la dernière casserole. À bout. Fatigué. Mylène vient l’embrasser dans le cou, derrière l’oreille, pis va faire une sieste. Le marathon nocturne va commencer pis Davy a pas de totons pour lui venir en aide. Faqu’il ira végéter devant Teletoon, s’endormir calé dans son La-Z-Boy.
— Oh mon Dieu, ils ont tué Kenny !
— Espèce d’enfoirés !
— Zzzz...
La famille est tellement épuisée. Pis après cette nuit, il va y avoir demain à affronter.
— Zzzz...
La maisonnée n’entend pas le craquement d’la porte qui est forcée. Cric !
Deux cagoules s’introduisent dans cabane. Ils se guident à lueur bleue d’la tévé. La cagoule numéro un va d’ins chambres pour chercher Charlie, Jéricho pis Mylène. Réveille Zoé au passage. La cagoule numéro deux se charge de Davy pis le met bien vite échec et mat. Un tie-wrap serré autour des poignets. Coupe la circulation. Les deux brigands attachent le reste de la famille Boivin, tandis que Zoé continue de chialer dans sa bassinnette.
— O.K. on garde le silence pendant que je parle !
— ...
La cagoule numéro deux plaque la lame de son rapala sur la gorge de Davy.
— Oussé qu’a l’est, ta carte de guichet, bonhomme ?
Zoé prend son souffle une shot.
— Dans ma veste, dans garde-robe, dans l’entrée.
Pis Zoé orcommence ses cris de mort.
— Cibole ! C’est fatigant rare un bébé qui braille !
Mylène se mêle de ce qui l’orgarde pas :
— Ça fait quasiment deux semaines qu’elle se plaint de même. Elle fait une bronchite. Peut-être que vous avez mené un peu trop d’train en arrivant.
— Oué, c’est ça. Ta yeule, la mère ! Moé, ça fait trois minutes que je l’entends pis chuis déjà pus capable !
La cagoule numéro un s’en va d’un pas décidé dans chambre de Zoé. Le cri s’intensifie, Zoé n’orconnaît pas la silhouette qui vient d’entrer. Shake le bébé violemment. Les pleurs se métamorphosent en couinements. Au travers des gargouillis, comme si Zoé était après vomir, il y a que’ques rares gazouillements qui, autrefois, sonnaient si doux aux oreilles de ses parents émerveillés, pis qui, maintenant, annoncent une fin bin abominable.
Pendant que Mylène saute que’ques coches, Davy tente un sauvetage pis fonce vers la chambre. Pas de chance. La cagoule numéro deux l’attrape par les liens aux mains pis lui plante son couteau entre les omoplates. Un coup.
Deux coup. Trois coup...
Il lui perce le dos frénétiquement, lui accroche le cou, pis une artère importante. Le sang de Davy orpeint le couloir. Charlie pis Jéricho se jettent d’ins bras de leur mère. Leur mère qui bave sur eux, leur mère court-circuitée.
Au milieu de tout ce boucan, on a perdu Zoé. Manqué son dernier souffle. La cagoule numéro un sort d’la chambre où règne désormais le silence.
— Bon. Oussé qu’il a dit que sa carte était ?
Le numéro un est parti à Caisse du Christ-Roi avec le NIP qu’il a réussi à soutirer de Mylène, pendant que le numéro deux se débarbouille dans l’évier d’la cuisine. Enlève le gros du sang, mais vire pas fou quand même. Sa lame toujours à portée d’la main. Il est resté à maison d’un coup c’est pas le bon NIP.
Au milieu du tapis du salon, Mylène pis ses petits pleurent, grognent pis tiquent. Ils désapprennent. Leurs yeux, couleur primer, expriment p’us que désillusion pis honte. Honte d’être humain. Leurs mâchoires solides pis leurs dents serrées, prêtes à croquer, commencent à manifester d’la rage. Depuis un bon moment, les trois Boivin restants écoutent p’us, entendent p’us le numéro deux blasphémer. Ce dernier, en se séchant les mains avec le linge à vaisselle, voit pas arriver Mylène dans son cou. Arrache la chair. Tout ce sang qui éclabousse le poêle pis la céramique. Jéricho s’attaque au ventre. Perce le t-shirt avec ses petites dents pointues. Bouffe de l’organe vital. Charlie, elle, mord une cuisse. En titubant, le numéro deux réussi à récupérer son couteau pis se met à hacher menu la frêle épaule de Charlie, qui continue quand même à s’accrocher par la bouche. Que’ques secondes, en fait. Le bras se détache pis la fillette perd des forces. Tombe par terre. En convulsions.
Pis c’est au tour du numéro deux de s’affaisser, de lâcher prise. Bang ! au sol. Mylène pis Jéricho, à cent lieues d’la pensée rationnelle, s’offrent alors un festin, tandis que le repas en question a une dernière interrogation : mais que fout mon partner ?
Le numéro un a vidé le compte. Trois cent vingt piasses. Pas question d’ortourner à l’autr’bout de Saint-Charles-Borromée. Trois cent vingt piasses, c’est de l’argent sonnant ! Vite à l’hôtel Grand Nord pour flôber ça dans slut machine.