Le long du rang Sainte-Julie qu’il habite, papa. Au six cent soixante-six, pour être précis. Exactement à la hauteur de la swompe. Daddy cool y a une baraque pittoresque jackée au-dessus de l’eau. Il a la paix avec les alligators géants – masters incontestés des lieux -, il les feed fréquemment avec les kids de Notre-Dame-des-Prairies (tu dis N.D.P. quand tu viens d’la place, en insistant sur le P, l’allongeant en forme de pâââé, tout comme quelqu’un qui a abusé de la mescaline). Le père, il est pédophile; ça l’arrange. Ouais, mon paternel à qui j’ai piqué le prénom, le Edouard qui se retrouve maintenant barbouillé sur le cul des jeunes filles. Ne grimpe pas dans les rideaux, ma belle, j’ai la moitié de son sang qui me coule d’in veines. J’habite au deuxième. C’est dire si je côtoie les bêtes monstrueuses et les ébats sordides de près. Je me monte une collection de polaroids, par le trou du plancher de ma chambre, au cas où on m’appelle à barre pour témoigner. Chuis prisonnier ici depuis tellement d’années, j’ai égaré l’usage de la parole. Faudra bien qu’un jour je puisse raconter ce que mes billes ont maté. J’ai quinze, non, seize ans cette nuit-là. La nuit où une bande de quatre bikers, satanistes pour la plupart, débarquent à maison. On est en plein heure de souper. J’attends que papa me fourgue les restants de son assiette et de celle de son invité, une tête blonde d’à peine cinq ans répondant au chic nom de Marco. Ça frappe pas, ça défonce à porte. Un deux trois quatre pachydermes effrayants qui viennent faire comme chez eux. Ils comprennent vite ce qui est en train de se passer dans cabane. Satanistes, certes, mais de pacotille. Le Mal, quand Il prend une forme aussi répugnante, ils sont pas capabs d’encaisser. Le hic c’est qu’ils ont beau être gros comme des ours, le père, sur ses pattes d’en arrière, ferait pâlir un grizzly. Ça refroidit les ardeurs de n’importe quel superman. La bande criminalisée se met donc aux incatations. À ce que je saisis - pour ce que je connais du vieux latin - ils font appel à une démone détenue à prison pour femmes de Matha. Mon ogre de père a à peine le temps de s’en prendre à l’un d’eux, quelques claques tout au plus, qu’il s’enflamme d’une fripe. Wouf. À grosseur qu’il a, le bonhomme, et avec l’énergie qu’il déploie pour se débattre, ça prend pas grand temps avant que la pièce brûle de partout. Dans la foulée, il crisse le feu à Marco. Le bambin pleurniche pas longtemps, tousse trois fois, vomi une shot et crève instantanné.
La bâtisse devient chambranle. Pendant que les bikers – surpris tout comme moi de leurs super-pouvoirs – crient comme des fillettes malprises, je m’extirpe par le toit. Saute sur la galerie, je rejoints ensuite le pont qui me conduit sur la terre ferme. Je me retourne deux trois fois, ben vite. Le temps de voir la maison s’effondrer dans la swompe, de voir les bikers s’affoler dans l’eau, et de voir papa se faire bouffer cuit par deux alligators. Me demande où je cours comme ça? Loin d’ici, ça semble être la plus appropriée des réponses. L’intro de White Room de Cream qui starte dans ma tête, ça m’évite de repenser à tout ça.
La bâtisse devient chambranle. Pendant que les bikers – surpris tout comme moi de leurs super-pouvoirs – crient comme des fillettes malprises, je m’extirpe par le toit. Saute sur la galerie, je rejoints ensuite le pont qui me conduit sur la terre ferme. Je me retourne deux trois fois, ben vite. Le temps de voir la maison s’effondrer dans la swompe, de voir les bikers s’affoler dans l’eau, et de voir papa se faire bouffer cuit par deux alligators. Me demande où je cours comme ça? Loin d’ici, ça semble être la plus appropriée des réponses. L’intro de White Room de Cream qui starte dans ma tête, ça m’évite de repenser à tout ça.